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Le Mag du Samedi > Entretien avec Philippe Descola

Entretien avec Philippe Descola
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LES TROPIQUES SONT-ELLES (ENCORE) TRISTES?

Né en 1949 à Paris, Philippe Descola est passé par l'École normale supérieure, avant de suivre un cursus de philosophie et d’ethnologie, à l’École pratique des hautes études où son directeur de thèse n'est autre que Claude Lévi-Strauss. Quelques années plus tard, il est nommé maître de conférences, puis directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. En juin 1996, Philippe Descola reçoit la médaille d'argent du CNRS pour ses travaux sur les usages et les connaissances de la nature dans les sociétés tribales. En juin 2000, il obtient la chaire d'Anthropologie de la nature au Collège de France, succédant à Françoise Héritier et à son mentor et ami Claude Levi-Strauss en devenant plus récemmment directeur du laboratoire d'anthropologie sociale (LAS) et professeur au Collège de France. Il est connu pour ses travaux sur le terrain, en Amazonie, et en Nouvelle-Guinée, auprès des Jivaros Achuar dont l'anthropologue dit  qu'ils sont des « braconniers de l’identité ».  Leurs tsanstsas, les têtes réduites, forment un « condensé d’identité  transportable »...


A travers ses travaux, Descola dépasse la traditionelle opposition cartésienne nature et culture en montrant que la nature est elle-même une production sociale. L’opposition nature/culture ne fait plus sens, explique-t-il, puisqu'elle relève de convention sociale.  Il constitue ce qu’il nomme une écologie des relations: il s'agit d'une anthropologie non dualiste, qui ne se sépare pas en deux ( humain et non-humain), mais qui étudie les relations entre humains et non-humains, autant que celles qui existent entre humains: « L’animiste croit que les objets ont une intériorité semblable à celle des humains. Ils divergent seulement par leur corps, on peut donc communiquer avec eux. Les masques inuits, par exemple, servent ainsi de médium aux chamans pour devenir ours ou oiseau. À l’inverse, le naturaliste croit que seul l’homme possède un esprit. Notre Moyen-Âge, et surtout la Renaissance ont inventé sur cette base la notion de sujet. Des retables aux tableaux, les figures se sont de plus en plus humanisées, avec des expressions d’une psychologie toujours plus fine. Troisième manière de voir, le totémisme: c'est l’idée qu’on partage des éléments moraux et physiques entre humains et non-humains. Certains totems australiens, par exemple, sont des êtres originels, doués de certaines caractéristiques morales ou physiques, d’où peuvent descendre indifféremment hommes, animaux, plantes, rochers, rivières…Enfin, à l’opposé, la pensée analogique affirme que tous les éléments du monde sont uniques, mais qu’ils peuvent se relier par correspondances.  »
Seule la société naturaliste, donc occidentale, produit cette frontière entre soi et autrui, en introduisant l’idée de nature qui sous-entend une représentation du monde basée sur une dichotomie entre nature et culture. La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, donc des traits distinctifs de l’espèce humaine, et des savoirs et savoir-faire humains. Alors que cette nature "physique" est en fait universelle: mêmes atomes dans l'univers, mêmes lois et déterminismes qui s'appliquent à l'humain et au non humain.
En revanche, la culture différencie bel et bien l'humain du non humain, tout comme elle distingue les sociétés humaines entre elles. Cette vision occidentale, inexistante dans d'autres sociétés, est à la base de notre difficulté à comprendre les autres systèmes sociaux. J-C. G.

Samedi 23 octobre, en exclusivité pour la rédaction de Cocktail FM, Jean-Christophe Givord vous propose un entretien-portrait de ce grand anthropologue, réalisé lors du Festival international de géographie de Saint-Dié 2010.


A lire: Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005. Les lances du crépuscule : relations Jivaros. Haute-Amazonie, Plon, « Terre humaine », 1993. (réédité chez. Presses Pocket, en 2006).

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